Les Sherpas sont célèbres pour leur lien profond avec l’Himalaya et leurs compétences en montagne, mais leur organisation sociale est tout aussi fascinante. Leur société repose sur des clans, appelés ru, qui définissent l’identité, les relations et certaines obligations religieuses et sociales.
La société sherpa
La société sherpa est divisée en clans (ru). Traditionnellement, ils sont 18 mais on liste 21 noms différents parce que certains clans portent des noms différents au Khumbu et au Solu.
Clans sherpas
- Chiava
- Chusherva
- Gardza
- Gole
- Goparna
- Jonfdomba
- Khambadze
- Lakshindu
- Lama
- Lhupka
- Mende
- Munming
- Nawa
- Paldorje
- Pankarma
- Pinasa
- Salaka
- Shangup
- Sherwa
- Shire
- Thaktu
Les membres d’un même clan (ru = os) sont les descendants d’un même ancêtre. Les enfants sont les héritiers des « os » de leur père.
Il n’y a aucune hiérachie entre les clans et l’appartenance à un même clan n’entraîne aucune obligation ou préférence, sauf en matière de mariage.
Règles de mariage
Le clan est exogame, c’est-à-dire deux personnes d’un même clan ne peuvent se marier.
Les Sherpas sont assez tolérants envers les relations sexuelles pré- ou extra-conjugales, mais des relations entre personnes d’un même clan ne sont pas imaginables.
Des clans peuvent être « frères » entre eux. Par exemple, les Paldorje et les Salaka ou les Thaktu et les Gole. Les relations sexuelles entre personnes issues de clans frères sont elles aussi interdites.
Identité religieuse
Chaque clan a ses propres divinités tutélaires, et les personnes d’un même clan et d’un même village rendent un culte ensemble à ces divinités, considérées comme serviteurs du principal dieu local Khumbu-yülha.
Les obligations cultuelles sont très lâches. Le So-iha de mai, le Yer-chang d’août et le Then-iha d’octobre sont les trois occasions annuelles de célébrer le culte des divinités tutélaires.
Les Khamba
Les Khambas, émigrants tibétains, sont intégrés à la vie économique sherpa. Ils peuvent épouser des sherpas, être élus dans leur village ou devenir lama. Cependant, ils sont considérés comme différents et même inférieurs, quelle que soit leur région d’origine au Tibet.
Des Khambas arrivés au Khumbu via le Rolwaling se considèrent plus proches des Sherpas que des Tibétains. Tous les résidents non-Sherpas du Khumbu sont appelés Khamba.
Les Khambas représentent une part importante des villages : 49% à Khumjung, 33% à Kunde. À Namche Bazar, certains sont devenus notables.
Mariages
En 1957, aucun mariage n’avait eu lieu entre un Sherpa et une femme d’une autre communauté. Cependant, il n’est pas rare que des femmes sherpas épousent des hommes d’autres communautés, sans que leurs descendants soient pénalisés.
Arrivée massive de Tibétains
Après l’invasion du Tibet par les Chinois, de nombreux Tibétains se réfugièrent au Khumbu avec des troupeaux souvent trop nombreux pour les pâturages. Les Sherpas les aidèrent généreusement en logeant certains au rez-de-chaussée de leurs maisons.
Statut social et groupes déconsidérés
Entre les clans sherpas, familles et individus, il n’existe aucune considération de classe sociale. Les Khambas ont introduit les Khamendeu (ceux qui n’ont pas la même bouche), et Sherpas et Khambas se définissent comme Khadeu (ceux qui ont la même bouche). Le mariage entre Khadeu et Khamendeu n’est pas envisageable.
Les Yembas, descendants d’esclaves (interdit depuis 1926), subissent les mêmes interdits que les Khamendeu mais participent à la vie sociale de leur village.
La société sherpa est ouverte aux autres ethnies du Népal, celles non récemment arrivées du Tibet ou d’origine indienne.
Conclusion
La société sherpa montre une combinaison unique de liens familiaux, règles matrimoniales et traditions religieuses, tout en restant ouverte aux autres communautés. Les clans, le respect des divinités tutélaires et l’histoire d’intégration des Khambas et des Tibétains réfletent une société à la fois structurée et adaptable.
Sources
- Les Sherpas du Népal. Christoph von Fürer Haimendorf. Hachette, 1980.
- Sherpas, peuple d’Himalaya. Patrick et Christiane Weisbecker. Denoël, 1990.
- Sherpas bouddhistes. Henri Sigayret. Vajra Publications, 2006.